Les piliers de la spiritualité des Premières Nations

Partout à travers le monde, la sagesse ancestrale des Premières Nations d’Amérique est reconnue et admirée. Dans cet article, découvrez les piliers de la spiritualité des communautés autochtones à travers : les Quatre Eléments, la Roue de Médecine et les Enseignements des Sept Grands-Pères.

Les points communs entre les bases spirituelles des peuples premiers

À bien y regarder, les piliers, ou bases spirituelles de plusieurs peuples se ressemblent beaucoup ; souvent elles baignent dans le bon sens, dans le quotidien qui est accessible et dans les métaphores qui en découlent.

Pour la plupart, la vie, et la préservation de la vie, vient assez rapidement en premier lieu. Toute la question de prendre soin de la vie, de ses proches, de la communauté… et des diverses autres vies qui viennent soutenir cette vie de la communauté : le règne animal initialement par la pêche et la chasse, puis l’élevage à des fins alimentaire, le végétal par la compréhension et la cueillette des baies, petits fruits et plantes médicinales jusqu’aux grandes cultures, le minéral pour la transformation des matières premières en feux, en digues, en abris et maintenant en divers matériaux qui facilitent la vie pour finalement arriver au planétaire, une conscience millénaire qui prend de l’ampleur par les besoins environnementaux et écologiques actuels quant aux affres causées par les rejets de la surconsommation.

Ce qui nous amène en second lieu au sacré de la vie. Et cela se manifeste par une intention supérieure dans l’agir du quotidien : interagir avec les autres avec une intention positive et bienveillante, faire de l’élevage avec une conscience de bien-être pour les animaux, cultiver de manière responsable les sols, fabriquer avec un souci d’économie d’énergie et de viabilité des produits durables, réduire l’empreinte. Autrement dit, ne pas prendre pour acquis cette planète et respecter ce seul habitat qui nous est donné.

En troisième lieu nous pourrions parler de l’espace-temps dans lequel se véhicule une société ou une culture, de sa langue, de son histoire, de sa croissance, de ses combats, échecs et victoires, de ses réflexes d’organisation du moment qui donneront couleurs, saveurs, sens et orientation tout autant que des rituels et traditions qui se voudront pérennes dans une certaine mesure et où l’on voit au travers la tradition orale pour certains, les récits pour d’autres, naitre des métaphores. Ces métaphores donneront à leur tour des personnages, réels ou mythique, plus grands que nature qui inspireront une ou des générations au risque de devenir folklore. Ces rituels et traditions donneront tout autant des points repères, conscients ou pas, qui orientent les masses.

Les Quatre Éléments selon la sagesse ancestrale

À titre d’exemple, chez les Grecs (comme chez beaucoup d’autres peuples à travers le monde), il y avait les quatre éléments de base qui dictaient la vie:

  • L’air, de toute évidence, sans air, pas de vie. Dans ses formes plus complexes avec d’autres éléments, sans air, pas de feu. Sans feu, pas de protection. Pas de protection, pas de survie de l’espèce;
  • L’eau, tout aussi important pour la vie que boire car nous sommes à plus de 80% constitué d’eau. Sans eau, pas de vie marine pour la subsistance de tant de peuples riverains. Dans ses formes plus complexes avec d’autres éléments, sans eau, pas de boue, pas de glaise, pas de paille, pas de construits pour s’abriter;
  • La terre, troisième matière première qui donne d’abord vie au règne végétal qui assure en grande partie la pyramide de l’écosystème et, aussi, qui donne ces matériaux, matériaux simples et rares, à transformer à l’infini où le génie humain ne cesse de relever des défis;
  • Le feu, élément combiné d’air et de terre qui depuis le début de sa découverte ne cesse de transformer nos environnements et nos vies;
  • Naturellement quatre veut dire cinq, car il y avait chez les Grecs un cinquième élément, l’éther: là où l’on déposait l’incompréhensible, le mystique. L’imaginaire y a foisonné!

Les Quatre Éléments détournés dans le monde moderne

Le monde moderne, à partir de l’ère industrielle, a quelque peu transformé ces quatre éléments pour qu’ils deviennent ceux-ci:

  • Les lieux et les espaces physiques qui nous définissent. Que ce soit la maison familiale, le village ou la nation, l’humain a cette propension à s’identifier de plus en plus à son espace. On le voit avec les sociétés d’affaires post-2000 où l’espace de travail rivalise de lumière, de décors et d’éléments de conforts comme le café et la table de billard pour relaxer les cerveaux. Inversement, on le voit aussi avec ce retour pour d’autres à la terre et à la simplicité, parfois même un désir d’autonomie alimentaire alors que la planète entière est passé pour la première fois de son existence à une population qui est maintenant majoritairement urbaine. Et cet urbanisme est tout quadrillé… ce qui oriente l’œil comme le cerveau vers une conformité perceptuelle quant à l’espace englobant;
  • Les personnes, cette vague humaine qui déferle. À ma naissance, nous étions 2,5 milliards, nous sommes présentement 7,8 milliards; 312% de croissance en 60 ans. À même cette pandémie où la distanciation est de mise, l’espace entre-humains, surtout avec ces humains urbains, c’est de beaucoup amenuisée. Outre les effets de surpopulations sur l’ensemble des ressources, il y a ses effets indirects accentués de proximité qui parfois peuvent rassurer et qui, en d’autres moments, font que le stress est à la hausse. Il y a plus d’irritants et de frictions possibles avec cette grandissante proximité urbaine;
  • L’information qui a toujours été une ressource prisée de l’intelligentsia – le mot n’est-t-il pas plus meurtrier que l’épée? – est maintenant devenu dominatrice et envahissante avec l’apport des technologies de l’information au point où les têtes ne se reposent plus. La planète est maintenant en instantanée, pour le meilleur et pour le pire. Souvent, cela provoque un sentiment d’impuissance. Il n’y a jamais eu autant de détresse chez les jeunes. À contrario, le savoir n’a jamais été aussi facilement et démocratiquement accessible, et ce, pour tous;
  • Les objets où l’on pourrait parler de consommation mais aussi cet objet qui se veut facilitant : la maison sécuritaire, la domotique, la voiture de plus en plus écologique et sécuritaire jusqu’au cellulaire maintenant devenu téléphone intelligent. Puiser l’information est devenu tellement facile et à portée de main que nous en devenons dépendants malgré nous par toutes les applications qui apparaissent pour différentes raisons au point où savoir faire pousser une carotte pourrait devenir le prochain sport extrême olympique;
  • Le temps, cet éther des temps modernes qui porte deux masques. Le premier, issu de l’industrialisation où, semble-t-il, que «le temps est de l’argent» au point de déshumaniser la création au profit d’un labeur fragmenté et mesuré. Je me souviens encore de ces «Time and Motions Studies» que l’on pratiquait pour mesurer les coûts de production. Et, pour bien faire, avec la venue des technologies de l’information, cette pléthore de moyens où tout mesurer dans les moindres détails fait en sorte que le temps se perd à rendre compte de l’inutile. L’autre masque, la recherche de l’évasion, trouver le moyen de suspendre le temps. Pourtant, et l’expérience du Sahara le prouve, l’humain une fois sorti de son lieu, sans personne, ni objet et privé d’information va se rabattre sur le temps pour cadrer son expérience… il cherche des points de repères qui lui sont externes. Et comme le temps n’existe pas dans le Sahara. Comme il n’y a que le silence dans le Sahara, privé de tout repères externes habituels et face à lui-même sans aucun stimuli externes, devoir retourner en-dedans, peut-être pour une première fois, sans réelle solidité… il craque! L’imaginaire est défié!

Il y a environ 2000 ans d’histoire entre ces deux extrêmes, ces deux manières rationnelles de cadrer l’expérience humaine. Une qui mène à l’imaginaire des métaphores, l’autres qui mène souvent à une fuite ou une cassure où l’imaginaire peine à sortir du mesurable et de la performance.

Est-ce qu’au cours de ces 2000 ans, au milieu de ces deux extrêmes quelques peu rationnels, il y a eu quelque chose d’autre de possiblement plus viscéral ou d’ancré dans du sens commun plus fluide et plus introspectif ?

Oui, plusieurs en fait… plusieurs qui sortent des peuples de la terre, de peuples ancrés au rythme de la nature.

La sagesse autochtone de la Roue de Médecine

Et comme les Premières Nations d’ici intéressent et peuvent encore nous parler, écoutons ce qu’il y a comme rituels et traditions, comme musicalité, comme métaphores et comme joie de vivre. Certes il y a le Teweikan qui bat comme un cœur, les lieux de paroles et de méditation comme les «Sweat Lodge», les temps de chasse et de pêches qui portent des significations particulières, il y a la roue de médecine et il y a des histoires, des croyances… des certitudes même. Prenons-en deux et débutons par la roue de médecine.

Un classique qui représente assez bien les quatre grandes phases de toute vie en quatre directions et couleurs:

  • L’Est en jaune, le printemps qui indique le début, le soleil qui se lève, la naissance. Comme avec la vie, les humains et tout projet, c’est la phase initiale, le démarrage. Et la question à se poser à tout moment est: À quoi ais-je le goût de donner naissance?
  • Le Sud en rouge, l’été et le soleil au zénith, le labeur du midi, la croissance. L’espace qui requiert l’engagement, la persévérance et la résilience dans cette mise en train. Et la question à se poser est: Lorsque la situation requiert un surplus d’énergie ou d’attention, suis-je en mesure de garder le cap?
  • L’Ouest en noir, l’automne, les journées plus courtes, l’heure est à la cueillette et à la célébration de l’abondance. Voilà un moment de partage et de gratitude. Et la question à se poser est: Que ce soit durant la semaine, la saison ou l’année, suis-je capable d’arrêter, contempler et avoir de la gratitude quant à la cueillette, quant aux résultats de mon propre engagement, de ma contribution?
  • Le Nord en blanc, l’hiver, la neige qui fige le décors, l’heure est à la contemplation. Un espace de réparation, de guérison et de rêve pour la renaissance qui pointe… et la question à se poser: À la fin d’un cycle, d’un projet ou d’une relation, après avoir absorbé et bouclé la boucle, puis-je me relancer, puis-je me permettre de rêver à nouveau, puis-je entrevoir un nouveau cycle?

Le roue de la médecine enseigne sur les cycles de vie des choses et invite à un regard qui se veut moins permanent, moins statique, plus fluide…

Elle invite à un second souffle!

La sagesse autochtone de l’enseignement des Sept Grands-Pères

Un autre classique qui interpelle ce qu’il y a de mieux chez l’humain en termes de valeurs universelles, de manifestation et d’intention supérieure et ce, encore une fois, imagé par ce que donne le territoire dans sa proximité à la nature. Cela ressemble à un totem de bonne volonté qui, rapidement, se décline comme suit:

  • La Tortue qui invite à la vérité… à la naissance, lorsqu’on sort de ce lieu sacré n’arrive-t-on pas avec notre entière «vérité»? Puis-je me manifester dans toute ma vérité?
  • Le Loup qui invite à l’humilité… à la naissance, nu et dépourvu, nous devons nous laisser aller à l’autre. Parfois on oublie cette ouverture, l’accueil de l’autre. Puis-je reconnaître les loups bienveillants et les accueillir?
  • L’Ours qui invite au courage… à cet enfant grandissant qui se doit d’explorer le monde qui s’ouvre avec ce courage de prendre un peu de distance de papa et maman; la seule façon de grandir. Puis-je, adulte, me sortir moi-même de mes zones de confort et explorer, parfois, autrement?
  • Le Bison qui invite au respect… à l’adulte qui se place dans sa solidité, avoir ce respect aux différences à la croisée des rencontres. Puis-je reconnaître mes préjugés, mes limites et ou mes aprioris et accueillir l’autre en tout respect?
  • Le Castor qui invite à la sagesse… devenu bâtisseur de ma vie, de relations et de projets, devenu responsable tant de ma manifestation que de mes créations. Puis-je entrevoir les conséquences heureuses comme moins heureuses et m’ajuster?
  • L’Aigle qui invite à l’amour… haut, en survol, détaché du terrain et de son égo, regarder, contempler avec compassion. Puis-je prendre de la distance sur le moment, de moi-même, et porter un œil de compassion et de gratitude sur ce qui m’entoure?
  • Finalement le Sabé, le plus grand que nature, qui invite à l’honnêteté… l’honnêteté de soi et de sa manifestation, l’honnêteté de sa contribution et de ses construits. Puis-je, à la fin de la journée, comme le Sabé… marcher droit?

Tout ceci pour dire seulement deux choses en conclusion de ces messages de sagesse, et ce, peu importe ce que m’offre mon environnement et mes relations :

Primo, au conseil de la Roue de médecine j’ai avantage à accepter de manière fluide et agile que «tout est cyclique»… il y a toujours un début, une vie et une fin à tout.

Secundo, aux enseignements des Sept Grands-Pères et aux travers les événements de la vie suis-je en mesure de dire comme eux «Kitchi-Sabé!»? Kitchi-Sabé! I Walk Tall!…

Je marche droit!!

Ho!

Par Guy J. Giguère

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